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20 ans après la crise de 1997, les pays émergents vont-ils envoyer l’économie mondiale par le fond ?

Hausse des taux, du dollar américain, endettement des entreprises… Depuis le mois de février des monnaies de pays émergents subissent une chute brutale qui fait craindre un retour de la crise de 1997. Et si ce scénario se concrétise, c'est l'Europe qui sera le plus à plaindre.

Bonne question

Publié le

Pourtant l'histoire ne s'arrête pas là. Il y a encore deux points à surveiller

Le premier est l'endettement en dollar du pays. Si celui-ci est élevé alors le remboursement d'une dette en dollar qui s'apprécie coûte de plus en plus cher pénalisant directement l'économie.

Le second point résulte de la relation entre le pays et le reste du monde. Si ce rapport est favorable au pays en question (excédent de compte courant) ce n'est pas très grave. En revanche si le compte extérieur est très déficitaire alors le pays peut être pris dans une dynamique difficile à arrêter. Le compte courant déficitaire implique un fort endettement extérieur (en dollar généralement) et de fait une contrainte très forte de remboursement de la dette et de financement du déficit extérieur.

C'était ce qui s'était passé à la fin des années 90 dans certains pays asiatiques.

Dans ce type de situation, il est généralement fait appel au FMI pour stabiliser la situation du pays en apportant les liquidités nécessaires. 

En fonction des ajustements, des anticipations sur le dollar et de la volatilité des flux de capitaux on peut avoir de vrais changements dans les pays émergents. On l'a observé en Argentine, en Turquie et dans quelques pays. Cela peut aller très vite. 

Ce qu'il faut retenir c'est que les règles changent pour les pays émergents. La douce torpeur des taux d'intérêt bas et de flux de capitaux rentrant ne sont plus forcément les règles. Cela suggère beaucoup de discrimination notamment dans les investissements financiers. 

 

En imaginant un renforcement du scénario décrit par Paul Krugman, dans quelle mesure les grandes économies pourraient-elles être affectées ? L'exposition européenne aux marchés extérieurs pourrait-elle être perçue comme une vulnérabilité spécifique du continent ? Le renforcement de la mondialisation au cours de ces 20 dernières années ne modifie-t-il pas le risque de contagion d'une telle crise ?

Mathieu Mucherie : Pas besoin de se faire peur avec les pays émergents : par sa passivité sur le dossier italien, la BCE est en train de nous mijoter une bonne vieille crise à l’ancienne, façon 2011, une crise bien de chez nous ; le lundi on fait pression histoire d’insulter les électeurs, le mardi Francfort nomme un satrape un technocrate, mercredi on réclame de l’austérité au pire moment et des réformes structurelles toujours pour les autres, le jeudi on s’étonne que ça ne marche pas, etc.

Bien entendu l’exposition de l’Europe aux crises émergentes est forte : nous avons de puissants secteurs qui vivent des exportations, et de nombreux points de fragilité financière, avec fort peu de safe heaven en dehors du Bund rémunéré à 0,4% (et encore, sur une maturité de 10 ans), et du cash, rémunéré en négatif (là où les américains peuvent toujours acheter un taux 2 ans à 2,4%, et bénéficier de la protection d’une vraie monnaie). Souvenez-vous de 2008-2009, où le PIB avait deux fois plus chuté que le PIB américain, pour une crise soit disant américaine. N’oubliez pas non plus que les rapports que nous entretenons avec la Turquie sont assez complexes (une sombre histoire de migrants, si j’ai bien compris).

Mais le souci est bien interne, lié à l’euro et à la BCE qui croyait pouvoir terminer son programme d’achat d’actifs dans quelques mois, et qui n’applique son whatever it takes qu’à géométrie variable, à la tête du client, pour ceux qui « votent bien ». La vie est belle quand on décide des taux d’intérêt, quand les marchés obligataires sont vos exécutants, quand c’est toujours la faute des autres, dans les pays du Club Med, et que personne ne vous oblige à réfléchir sérieusement à des pistes à la hauteur des enjeux colossaux d’une vieille dette injuste de 2300 milliards (congélation au bilan de la BCE, monnaie hélicoptère…).          

Philippe Waechter : La globalisation de l'économie est plus forte qu'elle ne l'était à la fin des années 90 et une perturbation durable pourrait avoir un impact fort en bousculant le bel ordonnancement observé depuis la fin 2016. Depuis lors, tous les pays allaient dans le même sens ce qui renforçait la dynamique de croissance de tous.

La question d'un éventuel effet de contagion résulte de la source de la perturbation. Si celle-ci n'est pas en Asie, le risque de contagion est limité pour les pays développés. En effet, la dynamique de croissance s'est particulièrement faite sentir en Asie plus que dans les autres zones émergentes. Or à l'exception de l'Indonésie, le reste de l'Asie continue d'aller bien et n'est pas au cœur d'un possible maelstrom. Qu'il y ait des ajustements parfois importants c'est probable mais ils seront temporaires. On ne peut pas forcément dure la même chose des autres pays tels la Turquie ou l'Argentine mais l'effet de contagion est réduit. En ce qui concerne la Pologne, les effets sont encore limités car la conjoncture polonaise reste toujours très dépendante de celle de la zone Euro qui va encore plutôt bien.

 
Commentaires

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  • Par kelenborn - 28/05/2018 - 09:31 - Signaler un abus C'est marrant

    Mucherie il est drôle , l'autre est à mourir et on a du mal à savoir ce qu'il raconte. Cela me fait penser à cette chanson célèbre de Trenet " y a de la joie" qui fut interprétée plus tard par un mec à la gueule sinistre dont j'ai oublié le nom! Sauf évidemment que le sujet n'est pas drôle: Mucherie fait de l'humour noir et du coup l'autre a vraiment l'air d'un croquemort

  • Par vangog - 28/05/2018 - 09:32 - Signaler un abus Excellent, comme toujours..

    Excepté pour l’Itaie, où on ne comprend pas très bien ce que ferait un technocrate nommé par Bruxelles (M.Mucherie le dit lui-même...ça ne « marchera » pas!). Pourquoi ne pas laisser gouverner une belle coalition élue par 68% des Italiens- qui a le simple tort de dire franchement dans son programme, qu’elle procédera à une relance budgétaire de 50 milliards sur cinq ans. Fallait-il faire de l’hypocrisie macroniste, qui a relancé la dette française de 42 milliards en un an, et les impôts de quatorze milliards, alors qu’il faisait croire aux benêts qu’il serait exemplaire sur le budget?....pourtant, la France gauchiste a toujours la confiance de l’UE, et ne subit pas de rétorsion en terme de rachats d’actifs pourris...

  • Par kelenborn - 28/05/2018 - 09:37 - Signaler un abus c'est celle la j'ai retrouvé

    https://www.dailymotion.com/video/x2f53c6

  • Par guy bernard - 28/05/2018 - 10:58 - Signaler un abus excellentes analyses.

    ce sont d'excellentes analyses, mais la difference se fera sur la qualité des collatéraux et les besoins d'investissements. quant à nous, les plus malades seront ceux qui stagnent dans des crises bancaires, ce qui veut dire que si on remet la France en marche, nous sortirons à MT gagnants. il nous faut aller très vite et retrouver de l'agilité.

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Mathieu Mucherie

Mathieu Mucherie est économiste de marché à Paris, et s'exprime ici à titre personnel.

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Philippe Waechter

Philippe Waechter est directeur des études économiques chez Natixis Asset Management.

Ses thèmes de prédilection sont l'analyse du cycle économique, le comportement des banques centrales, l'emploi, et le marché des changes et des flux internationaux de capitaux.

Il est l'auteur de "Subprime, la faillite mondiale ? Cette crise financière qui va changer votre vie(Editions Alphée, 2008).

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