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1er débat de la présidentielle : ces 7 sujets trop vite zappés mais dont on aimerait vraiment entendre parler

Si les différentes affaires relatives à la présidentielle ont accaparé la plupart des médias ces derniers jours, d'autres informations, loin d'être anecdotiques, mériteraient pourtant toute notre attention, et notamment celle des candidats à l'élection.

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Publié le - Mis à jour le 24 Mars 2017
1er débat de la présidentielle : ces 7 sujets trop vite zappés mais dont on aimerait vraiment entendre parler

Les très bons chiffres des Anglais

Mathieu Mucherie : Ce qui est important, en ce début 2017, c’est ce qui devait arriver, et qui n’arrive pas. Tous nos officiels l’avaient prophétisé : le départ du Royaume-Uni de l’UE ou "Brexit" devait amener immédiatement un joli carnage financier doublé peu de temps après d’une belle catastrophe économique. Du reste, les élites londoniennes n’étaient pas en reste, puisque l’administration du Trésor de Sa Gracieuse Majesté tablait, juste avant le vote de juin 2016 (hum hum) sur un recul du PIB de 9 points (est-ce que les gens se rendent compte de ce que cela signifierait ?!) suite à ce choc terrifiant.

Neuf mois plus tard, voici quelques résultats : j’ai bien conscience qu’ils sont partiels et que l’article 50 n’a même pas été activé, mais il faut bien commencer à en parler : voici les ventes de détail, l’offre de monnaie au sens large, la production industrielle, les exportations, et l’indice boursier de la place de Londres : j’aurais pu aussi vous parler du PIB, et des créations d’emplois, tout va dans le bon sens jusqu’ici :     

 

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Croyez-vous que les financiers, qui ne sont pas beaucoup plus idiots que vous et moi, seraient si optimistes si nous étions à la veille d’une détérioration structurelle et significative de l’économie ? Il est vrai que le FTSE est un indice assez peu domestique, et qu’en ce moment tout monte, mais tout de même. Regardez aussi les taux longs : ils seront bientôt plus bas qu’en France si ça continue : ce n’est pas très compatible avec la théorie d’un regain de l’inflation ou d’une baisse de la qualité de la signature souveraine du pays. Si une crise arrive, les acteurs économiques outre-Manche, qui en ont pourtant été dument informés, ne semblent pas trop s’en faire, ils consomment, ils embauchent, ils investissent, ils prêtent.

En fait, la seule chose qui a baissé, c’est le Sterling. La Banque d’Angleterre, comme prévu ici dans ces colonnes, fait le job. Elle achète des actifs, elle assure, elle rassure. Résultat : à nouveau un "choc réel" réduit à néant ou presque, comme le 11 septembre, comme Fukushima, alors que les chocs nominaux font des ravages un peu partout et surtout en zone euro. Même la dévaluation du Sterling peut être relativisée : ci-dessous, par rapport au dollar, qui monte contre toutes les monnaies depuis mi-2011, on voit que la chute de la livre ne fait que rejoindre celle de l’euro (suite au QE décidé fin 2014) et du Yen (suite au QE décidé fin 2012) ; notez au passage que ces deux dévaluations correspondent à une montée tout à fait bénigne de l’inflation, et c’est exactement ce qui va se passer au Royaume-Uni.  

   

L’affaire du Brexit va trainer en longueur, et on peut compter sur le pragmatisme britannique pour appliquer l’Europe à plusieurs vitesses de façon concrète, là où ce n’est ailleurs qu’un concept pour les dissertations. Si la Banque d’Angleterre reste vigilante, et à condition bien sûr que le séparatisme écossais ne soit pas trop stimulé ou que des mesures protectionnistes ne soient pas prises d’un côté ou de l’autre, tout cela va faire pschiiiit, du moins économiquement et financièrement.

On ne veut pas voir cela en France, on préfère imaginer une Angleterre à feu et à sang, avec des traders de la City en route pour la Défense. Même le candidat Fillon et ses lieutenants n’ont pas osé faire référence plus de 48 heures à Thatcher quand ils ont présenté leur programme. On n’a pas très envie de reconnaitre que l’Europe qui marche est une zone de libre-échange plus qu’un grand marché, et que si ceux qui partent de l’UE vont perdre par certains aspects, ils vont au moins gagner l’assurance claire et définitive de ne JAMAIS rentrer dans l’Union monétaire (alors que cette épée de Damoclès restait jusqu’ici sur leurs têtes au moins en théorie). Voir la tête de la Reine être remplacée sur les billets par un pont ou un aqueduc anonyme, avec pour seule présence humaine la signature du chef de la BCE, ça non, pour tout l’or du monde. Au pire, les Anglais perdront quelques ressources, mais ils défendront mieux leurs libertés ; et les premiers résultats encourageants depuis 9 mois suggèrent que les unes et les autres ne s’opposent pas, qu’elles vont souvent la mano en la mano ! Nous serions bien inspirés d’écouter ce message en France, pays où le dernier redressement productif a eu lieu en 1959, grâce à De Gaulle certes, mais grâce aussi à Jacques Rueff et à la dévaluation du Franc.         

Le poids du crédit inter-entreprises et son impact sur la trésorerie des PME

Jean-Yves Archer : Dans une campagne électorale aussi décousue qu'hystérisée, les questions de fond ont clairement du mal à émerger et à faire partie du légitime débat public.

D'évidence, les questions relatives à l'univers des entreprises se centrent autour de la notion de coût du travail (le débat sur les charges sociales, sur les 35 heures, etc ) et gomment une large part de la réalité quotidienne des PME. Ainsi, on réduit la compétitivité à son seul aspect prix et on passe trop souvent sous silence la nécessaire montée en qualité de notre production nationale.

Même si on a pu enregistrer un recul des défaillances d'entreprises fixé à 58 500 l'an dernier, il faut nuancer ce chiffre du fait de l'essor important des procédures de conciliation pré-dépôt de bilan.

A l'intérieur de ce gâchis collectif qu'est toujours une liquidation judiciaire, il est important de noter qu'un peu plus d'un quart des redressements judiciaires ont pour origine des retards de paiement.

Autrement dit, près de 16 000 entreprises sont atteintes de plein fouet par la longueur excessive des délais de paiements qui, trop souvent, continuent de ne pas se situer dans les règles légales notamment définies par la loi LME de 2008 et par le décret du 2 octobre 2012.

Cette situation objective est préoccupante. Ainsi, le crédit interentreprises représente plus de 650 milliards d'euros, soit plus de sept fois le montant des crédits bancaires court terme et – à titre d'échelle de grandeur – près de 39% de notre dette publique.

C'est un vrai sujet qui contrarie directement la rentabilité des PME, souvent tributaires de leurs donneurs d'ordre. Elles sont contraintes de se retourner vers le mécanisme, souvent coûteux, de l'affacturage, voire même d'emprunter – avec caution du dirigeant – pour passer un creux de trésorerie. Ou encore d'augmenter les comptes-courants d'associés.

Peu de candidats à l'élection présidentielle n'ont eu à connaître les fins de mois acrobatiques d'une TPE ou d'une PME engluée dans ses rapports avec une entreprise publique, un hôpital ou un grand groupe. Dès lors, inutile de s'attendre à ce que leurs propositions en la matière soient susceptibles de changer la donne.

Certains candidats ont bien annoncé qu'ils renforceraient les sanctions pour retards de paiement. C'est un vieux 33 tours que l'on subit depuis le gouvernement d'Edith Cresson en 1991 !

En réalité, si plus de candidats avaient une expérience du secteur privé marchand, leurs professions de foi seraient, en matière de crédit interentreprises, plus crédibles et surtout plus consistantes.

La Banque de France, le Médiateur du crédit, les commissaires aux comptes, certains banquiers commerciaux s'alarment du déséquilibre bilanciel que notre pays connait trop souvent via des entreprises en attente de règlements.

Dans ce contexte, beaucoup ont été surpris et perplexes quant à l'article 167 de la loi Macron qui vise à stimuler le crédit interentreprises, ce qui ne parait pas de nature à aller dans le bon sens.

Depuis, cet ex-ministre devenu candidat a bien entendu modifié sa position et indiqué qu'il fallait lutter contre les délais de paiements abusifs.

Une chose est sûre : nous sommes loin d'avoir mis en place les 18 propositions du rapport Charpin intitulé Le crédit inter-entreprises et la couverture du poste clients, qui date du 6 février 2013… 

Ces quatre ans de retard législatif auront impacté plus de 63 000 entreprises (placées en redressement judiciaire) sous l'œil médusé de nos partenaires européens qui, eux, disposent de bonnes pratiques en matière de crédit interentreprises.

 
Commentaires

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  • Par Ganesha - 20/03/2017 - 16:56 - Signaler un abus Un article ''fourre tout'' !

    Un article ''fourre tout'' ! Mais devriez tout de même lire la page 4 : la police française ne s'est toujours pas remise du passage dévastateur du couple infernal Fillon-Sarkozy ! Si vous avez été, dans votre jeunesse, ou dans une vie antérieure, chef d'entreprise, lisez le bas de la page 1. Si vous êtes sioniste, lisez la page 3 !

  • Par tananarive - 22/03/2017 - 09:23 - Signaler un abus L'Angleterre est toujours dans l'Europe.

    Mais puisque l'on vous dit que le Brexit n'a pas encore eu lieu, pour le moment leurs exportations vont mieux à cause de la chute de la Livre, mais leurs prix de vente vont remonter à cause du surcoût de leurs importations de matières premières et de la part de produit étrangers qui rentre dans leurs fabrications.

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Mathieu Mucherie

Mathieu Mucherie est économiste de marché à Paris, et s'exprime ici à titre personnel.

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Jean-Yves Archer

Jean-Yves Archer est économiste, spécialisé en Finances publiques. Il dirige le cabinet Archer, et a fondé le think tank économique Archer 58 Research.
 
Né en 1958, il est diplômé de Sciences-Po, de l'ENA (promotion de 1985), et est titulaire d'un doctorat en Economie de l'Université Paris-I Panthéon-Sorbonne.

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Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2017 de Proche-Orient : coup de projecteur pour comprendre chez Balland, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr ; en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS.

 

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Xavier Raufer

Xavier Raufer est un criminologue français, directeur des études au Département de recherches sur les menaces criminelles contemporaines à l'Université Paris II, et auteur de nombreux ouvrages sur le sujet.

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