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1946-2016, l'étude choc qui confirme qu'en termes d'amélioration des conditions de vie et de mobilité sociale, c'était mieux avant

Une étude britannique menée sur des milliers d'enfants nés à partir de 1946 fait le constat accablant d'une mobilité sociale en panne de l'autre côté de la Manche. S'il n'est pas si facile de dresser le même constat pour la France, en raison de l'absence d'études de cette ampleur, la situation dans notre pays n'est pas forcément très différente.

Le pays des fils à papa

Publié le - Mis à jour le 4 Mars 2016
1946-2016, l'étude choc qui confirme qu'en termes d'amélioration des conditions de vie et de mobilité sociale, c'était mieux avant

Atlantico : Une étude britannique baptisée Life Project menée sur 6 générations et centrée sur plusieurs milliers d'enfants nés depuis 1946 dresse un constat accablant sur la mobilité sociale intergénérationnelle, indiquant que l’école et le travail comptent bien moins que le contexte familial pour améliorer sa situation personnelle. Un tel constat est-il transposable à la France ? Comment la mobilité sociale a-t-elle évolué depuis 1945 ?

Joël Hellier : Tout d’abord, l’origine familiale (éducation, revenus, position socio-professionnelle des parents) est dans tous les pays un facteur essentiel qui détermine la position sociale d’un individu.

Toutefois, l’impact des parents, et donc la mobilité sociale entre générations (plus la position des parents est déterminante, plus faible est la mobilité sociale intergénérationnelle), diffère très sensiblement d’un pays à l’autre. Schématiquement, le Royaume-Uni souffre d’une très forte immobilité sociale. Viennent ensuite l’Italie, les Etats-Unis et la France. Tous ces pays ont une faible mobilité sociale. En revanche, les pays scandinaves et le Canada bénéficient d’une mobilité sociale assez élevée. Pour donner une indication, au Royaume-Uni, aux Etats-Unis et en France, une hausse de 10% du revenu des parents se traduit par une hausse de 5% du revenu des enfants une fois adultes, contre 1,3% au Danemark et 2,3% en Suède.

Un des constats importants de l’étude que vous mentionnez est qu’en Grande-Bretagne, l’impact de l’origine familiale est non seulement déterminant, mais il s’est accru dans les dernières décennies. Plusieurs études concluent pareillement à une réduction de la mobilité sociale aux Etats-Unis. Malheureusement, ce diagnostic s’applique également à la France. Un article récent (Ben-Halima B., N. Chusseau and J. Hellier. 2014. ‘Skill Premia and Intergenerational Education Mobility : The French Case’, in Economics of Education Review, 39, 50-64) montre clairement que la mobilité sociale en termes d’éducation a sensiblement diminué en France entre 1993 et 2003. Cette évolution défavorable n’est pas constatée dans les pays nordiques. En France, non seulement la position sociale d’un individu est largement déterminée par ses origines familiales, mais leur poids tend à augmenter dans les dernières années. On est bien loin du principe d’égalité des chances. Depuis la Seconde Guerre mondiale, le travail de Lefranc (Lefranc, 2011. ‘Educational expansion, earnings compression and changes in intergenerational economic mobility : Evidence from French cohorts, 1931-1976’, Thema Working paper n°2011-11) montre que l’impact de l’origine familiale a diminué pour les générations nées entre 1930 et 1960, alors que le déterminisme familial s’accroît pour les générations suivantes.

Louis Maurin : Il y a malheureusement trop peu d'études de ce type en France, basées sur des cohortes, ce qui rend encore plus intéressants ces travaux de suivi des parcours sur une longue durée. On observe souvent des photographies, mais pas les parcours des individus. Il est difficile de transposer ces réalités en France, puisqu'il s'agit de contextes différents. Par ailleurs, le fait que le contexte familial joue plus au Royaume-Uni et aux Etats-Unis est en partie lié au fait que l'école coûte beaucoup plus cher là-bas. Ce que vous ne payez pas en impôts au Royaume-Uni, vous le payez dans l'école de vos enfants. C'est donc plus inégalitaire. Il y a, par exemple, un mythe de la mobilité sociale américaine qui n'est pas forcément justifié. Au passage, si les dépenses publiques sont plus élevées en France, le coût est le même pour un ménage moyen, que l'argent aille à l'école ou aux impôts.

Deuxièmement, les données montrent que si l'on étudie une longue période, la mobilité sociale a continué à augmenter jusqu'au milieu des années 1990, et stagne depuis cette période. Nous avons donc davantage une pause de l'ascenseur social qu'une panne, avec effectivement des phénomènes de déclassement que quelqu'un comme Camille Peugny a bien montrés, mais nous ne sommes pas dans l'absence totale de mobilité sociale. Nous sommes dans un pays qui continue à créer des emplois qualifiés, pas autant que l'offre de formation certes. Il continue d'y avoir des processus de mobilité, même si l'insertion des jeunes est beaucoup plus difficile aujourd'hui qu'auparavant. Le problème avec les données que l'on a, c'est qu'il faut attendre longtemps avant de pouvoir statuer. Nous ne connaissons donc pas très bien le sort des jeunes générations, même si nous pouvons soupçonner que pour les générations très récentes, en particulier dans les catégories populaires, les écarts se soient agrandis.

Comment peut-on l'expliquer ?

Louis Maurin : Ce que l'on peut supposer, du fait que le chômage touche bien davantage les jeunes non diplômés que les jeunes diplômés, c'est qu'il ait eu un effet inégalitaire. Sauf qu'on mesure la mobilité sociale par rapport à la situation de vos parents. Or, quand vos parents sont déjà tout en bas, vous ne pouvez pas descendre plus bas. Il y a donc pour ces catégories-là une insertion qui est extrêmement difficile avec du chômage et de la précarité, mais en terme de mobilité sociale, on ne voit pas de baisse puisqu'ils partaient déjà de bas. Alors que pour une minorité d'enfants plus favorisés, il y a effectivement des difficultés d'insertion sur le marché du travail qui conduisent à un vrai phénomène de déclassement par rapport à leurs parents.

 
Commentaires

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  • Par cloette - 29/02/2016 - 08:23 - Signaler un abus Et surtout

    C'est la transmission culturelle par le milieu familial qui freine l'élévation sociale . De plus on ne parle pas dans l'article de l'abrutissement des masses par certains médias télévisuels ainsi que d'un contexte . Il faudrait étudier les cas ( très peu nombreux ) de familles extrêmement modestes où les enfants ont réussi ( grandes écoles ou autres filières ) et en tirer des conclusions . Tenir compte aussi des capacité et des qualités propres à l'enfant qui sont indépendantes du milieu familial, tout n'est pas déterminé non plus .

  • Par Deneziere - 29/02/2016 - 08:23 - Signaler un abus Des chiffres ou des lettres

    Le cas français, c'est que la sociologie en tant que discipline a été préemptée par la gôche, et qui plus est la gôche littéraire. Celle qui aime les dissertations marxisantes. Quand un des intervenants dit qu'il n'y a pas assez d'études comme ça en France, il n'en dit pas la raison: il y a trop peu de CHIFFRES qui permettent d'affirmer ceci ou cela. Encore une fois, on est largement dans le ressenti idéologique (pas forcément faux, d'ailleurs) pas dans dans le factuel. Pas d'espoir non plus dans le big data, au moins à court-terme : la sphère étatiste y va à reculons de peur de mettre à jour toutes ses turpitudes et gabegies passées.

  • Par Lafayette 68 - 29/02/2016 - 08:27 - Signaler un abus T. Bon dernier paragraphe de Louis Maurin

    Remarques très justes et c'est très bien car rares et ...qui infirment le titre de cet article (c'était mieux avant). En effet ne pas faire d'anachronisme , avoir en tête que les années 50 60 sont synonymes de forte croissance et de faible chômage ( on ne rechignait pas pour faire les métiers manuels comme aujourd'hui ...400 000 emplois non pourvus )mais c'était encore souvent "la cabane au fond du jardin", l'eau froide sur l'évier , pas de frigo , 1 chaine de télé noir et blanc et la panne , pas ski, de téléphone et 10% d'une classe d'âge au bac ...5 fautes dans la dictée 0 et 2 baffes dans la tronche, sans compter la retraite à 65 ans et 10 ans d'espérance de vie en moins ...Qu'on se le dise, jeunes générations plaintives...

  • Par Lafayette 68 - 29/02/2016 - 08:33 - Signaler un abus suite

    et aussi plus de 40h de travail par semaine , 3 semaines de congés payés puis 4 en 68 ,on commence à bosser à 14 ans , une bagnole pour les riches , plus de 20 000 morts sur les routes . Les heures de colles au collège et lycée , les cours le samedi après midi ..............

  • Par REVERJOVIAL - 29/02/2016 - 09:40 - Signaler un abus Classe moyenne sacrifié

    Dans tout les pays développé la classe moyenne est sacrifiée, travail et emploi sont supprimés par la technologie et la mondialisation sans compter que les bénéfices des gains de productivités ne sont plus partagés mais confisqués par les classes supérieures il ne reste que les petits boulots mal payés et en concurrence avec les immigrés.

  • Par zouk - 29/02/2016 - 11:20 - Signaler un abus Ascenseur social en Grande Bretagne

    Dix ans en GB m'ont permis de constater qu'il ne fonctionnait ni pour la classe ouvrière ni en ce qui concerne l'accès aux classes dirigeantes pour les classes moyennes, même pour ce que l'INSEE classerait en CSP+. Mais s'il est encore possible d'y faire fortune, cela ne garantit pas pour autant l'accès aux classes dirigeantes. Seule échappe à ce constat la carrière politique, mais elle mène rarement au sommet pour qui n'est pas né dans les classes dirigeantes.

  • Par zouk - 29/02/2016 - 11:31 - Signaler un abus Ascenseur social en France

    Cloette a parfaitement raison, nombre des médias gagnant la plus grande audience sont proprement abrutissants et la faiblesse, malheureusement croissante de l'enseignement primaire empire les choses. Sortir d'un milieu culturel faible permet désormais rarement de tirer le plein parti de l'enseignement secondaire et supérieur, et encore plus des grandes écoles. Il n'est pas certain qu'un fils de gendarme, comme Maurice Lauré, polytechnicien, inspecteur des finance, président de la Société Générale puisse aujourd'hui faire le même parcours, encore qu'un gendarme ne fait pas nécessairement partie de la classe la moins éduquée, aujourd'hui comme hier.

  • Par vangog - 29/02/2016 - 11:56 - Signaler un abus Le dernier paragraphe de Morin remet en perspective...

    l'évolution de la pauvreté. L'ascenseur social a tellement été utilisé inopportunément par les gauchistes, qu'ils ont fini par l'user, puis le mettre en panne. La faute en revient à une éducation délirante, colonisée par les trotskystes et les pedagogistes, devenue complètement déficente pour assurer le rôle d'ascenseur social qu'elle assurait dans les années soixante. A cette époque, les professeurs étaient formés sans idéologie, pour transmettre un savoir et servir d'exemple...depuis les pedagogistes trotskystes, l'enfant est devenu l'exemple, reléguant le professeur à un rôle d'animateur... Les apprentissages ont été dévoyés dans le même sens, et la méthode syllabique est venu couronner la deconsruction méthodique du savoir. Les jeunes qui sortent, aujourd'hui, de l'école, des collèges et lycées gauchistes présentent de lourds handicaps par rapport à ceux qui étaient éduqués par des profs responsables, dans les années soixante. Ajoutez à cela l'import de populations musulmanes, très attardés dans de nombreux domaines, et vous avez le résultat actuel, en France gauchiste, comme en Angleterre qui a subi les années Blairistes...

  • Par cloette - 29/02/2016 - 12:14 - Signaler un abus Vangog

    en effet il y a les carences de l'Education Nationale (directives, programmes, la lecture défaillante, le manque de sélection à à toutes ces faillesl'entrée du secondaire etc ) Seuls les classes aisées peuvent suppléer à ces manquespar des cours ou des établissements choisis ou privés

  • Par cloette - 29/02/2016 - 12:14 - Signaler un abus Vangog

    en effet il y a les carences de l'Education Nationale (directives, programmes, la lecture défaillante, le manque de sélection à à toutes ces failles l'entrée du secondaire etc ) Seuls les classes aisées peuvent suppléer à ces manques par des cours ou des établissements choisis ou privés

  • Par Lafayette 68 - 29/02/2016 - 12:45 - Signaler un abus Vangog

    "professeurs formés sans idéologie" : ils étaient souvent socialos , cocos types chinois ou soviétique , laïcards à fond mais avaient le souci de nous faire progresser , parfois à la trique pour qu'on s'améliore . Vous avez raison , tout le contraire des pédagos bobos . Aujourd'hui ces maîtres de gauche seraient taxés de fachos et d'islamophobes...

  • Par Leucate - 01/03/2016 - 19:34 - Signaler un abus Les Trente Glorieuses

    Il y a eu en France une véritable révolution (Mendras, la seconde révolution française) due à la modernisation vitesse grand V du pays, c'est celle de 1964/1985 qui couvre la période où les Trente Glorieuses tournent à plein régime jusqu'en 1971 (le premier choc pétrolier) et se poursuit ensuite sous Pompidou et Giscard dans une France encore riche dont profiteront les socialistes qui casseront l'élan et amoindriront le pays. Deux générations furent embarquées dans le mouvement, celle de la guerre et la baby-boom. C'est durant cette période qu'eut lieu le plus formidable brassage de populations que la France ait jamais connu de toute son histoire avec un gigantesque mouvement de la campagne vers les métropoles attirant les ruraux vers les emplois créés massivement et les logeant dans les cités périurbaines construites à la va-vite avant que les "villes nouvelles" ne prennent le relais. Ce brassage a fait qu'aujourd'hui une partie de la population a des parents qui ne se seraient jamais rencontrés auparavant, nordistes et sudistes, bretons et alsaciens lorrains. Avec aussi une autre conséquence sociologique, la "moyennisation" de la société sur le modèle américain.

  • Par lafronde - 01/04/2016 - 15:28 - Signaler un abus Les limites de la sociologie.

    Toute statistique donnant une corrélation avérée entre niveau socio-professionnel des parents et celui de leurs enfants ne démontrerait pour autant aucun lien de causalité. Mais le statisticien-sociologue est contraint par les limites de sa discipline. Pour preuve si vous rencontrez un enfant en difficulté scolaire, que vous soyez parents ou enseignants, irez-vous consulter les statistiques de "reproduction sociale", ou recommanderez-vous une approche pédo-psychologique individuelle ? Pour vérifier les liens de causalité, il est nécessaire de faire des enquêtes sur les familles : parents et enfants. Des enquêtes sur l'éducation donnée et reçue. Eduquer relève de l'Art, la recette n'est pas connue, le résultat incertain. Bref tout humain est le produit de deux phases : l'éducation, les soins, l'affection qu'il reçoit enfant, puis une fois adulte ce qu'il en fait et dont il est responsable. L'éducation relève de la vie privée des familles, les sociologues n'y ont pas accès. Les psy ont de meilleures clé, mais ne font pas de statistiques. Toute cette fable de la reproduction sociale est une tentative de justifier la redistribution par l'Etat. Bref cela sert la soupe aux politiciens.

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Joël Hellier

Joël Hellier est économiste et enseigne à l'Université de Nantes et de Lille 1. Ses travaux portent sur la macroéconomie des inégalités, l'économie de la mondialisation, l'éducation et la mobilité intergénérationnelle et l'économie du travail.
 

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Louis Maurin

Louis Maurin est directeur de l’Observatoire des inégalités.  

 

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