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#15minutesPourConvaincre : comment Internet, beaucoup plus que la télé, a imposé aux élites françaises une vraie campagne électorale

Tiens! la campagne électorale (celle du premier tour, en tout cas) touche à sa fin. Beaucoup ont prétendu qu’elle était hors norme. Rétrospectivement, et en regardant l’improbable émission « 15 minutes pour convaincre », on serait mieux fondé à se féliciter que, malgré tout, la France ait montré la voie en réussissant la première vraie campagne électorale du XXIè siècle sur le continent européen.

French Touch

Publié le
#15minutesPourConvaincre : comment Internet, beaucoup plus que la télé, a imposé aux élites françaises une vraie campagne électorale

La révolution des primaires a purgé le bébé avec l’eau du bain

Souvenons-nous de la France de janvier 2016.

On aurait parié cher sur un autre duel Hollande-Sarkozy, à peine perturbé par Marine Le Pen. Quinze mois plus tard, le recours à la primaire, autant à droite qu’à gauche, a permis d’offrir une vraie alternative à cette seringue qui nous était promise. Les électeurs de droite ont écarté Sarkozy sans ménagement, et les électeurs de gauche menaçaient de faire subir à Hollande le même sort – ce qui a justifié, in fine, son renoncement au combat.

On pourra reprocher beaucoup de choses à nos processus politiques. Mais force est de constater qu’ils ont su se rénover en profondeur sans trop de dommages.

Internet comme véhicule central du discours politique avant la campagne

Durant toute cette période, les Français ont pu mesurer le divorce profond entre les candidats officiels du régime et la réalité de l’opinion publique qui s’est exprimée en utilisant Internet et les innombrables possibilités qu’il offre.

À droite, le « système » (cette étrange combinaison de sondages, de répétition en boucle des mêmes antiennes dans les médias subventionnés et de professions de foi dans les élites) avait choisi un duel Juppé-Sarkozy, qui s’est transformé en un triomphe de François Fillon. À gauche, le même système avait installé Manuel Valls et Arnaud Montebourg dans ce même duel forcé, qui ne s’est finalement pas produit.

Si les militants avaient dû se contenter des véhicules traditionnels de communication et d’expression, ils auraient probablement été frustrés, dépossédés, de leur vrai choix. Et soudain l’on comprend que la vie politique française repose historiquement sur une construction en carton-pâte que des moyens disruptifs d’expression font voler en éclat.

Les vieux médias ont tenté de torpiller une campagne qu’ils n’avaient pas choisie

De façon très révélatrice, c’est l’organe de presse le plus réticent à Internet qui a le mieux torpillé une campagne opposant des candidats imposés par les militants contre l’avis et les pronostics fourbis par les traditionnels faiseurs d’opinion. C’est en effet par un scoop du Canard Enchaîné que le malheur est arrivé: les Français apprenaient, stupéfaits, que François Fillon, qui avait attaqué Nicolas Sarkozy sur sa perte de crédibilité liée à ses « affaires », n’était lui-même pas un parfait exemple de vertu.

Pendant plusieurs semaines, la campagne qu’Internet avait permis de positionner sur des sujets de fond s’est alors résumée, du fait même de ces médias subventionnés, à une simple énumération d’affaires et de boules puantes. Il a fallu attendre le début du mois d’avril pour que d’autres sujets que ces affaires puissent être abordés.

Quel magnifique spectacle, que celui d’un bouleversement dans la douleur où l’ancien monde des médias payés par le régime pour maintenir l’opinion dans un état d’asservissement et de panurgisme a dû céder la place à un nouveau monde où les candidats ont été sommés de répondre au contenu même de leur projet pour le pays! quelle formidable leçon de démocratie donnée par ces populistes de la populosphère honnis par nos élites!

 
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  • Par ikaris - 21/04/2017 - 14:33 - Signaler un abus Optimisme à tempérer

    Effectivement M Verhaeghe on a parcouru pas mal de chemin depusi la promesse d'un nouveau duel Hollande / Sarkozy qui maitrisaient chacuns leur appareil politique tout en étant aucunement désirés par les français. Mais est l'influence d'internet ou la simple prise en compte de l'opinion publique (via sondages et élections intermédiaires) qui a changé la donne ? Même si en dessous des radars médiatiques il se passe des choses (élections de Fillon et Hamon par un contact de terrain avec les militants), la scène principale est toujours celle de la sphère médiatique subventionnée, les prévisions sont toujours basés sur les sondages achetés et "redressés". Le micro tendu aux petit candidat l'est toujours pour des raisons légale et dans des conditions qui frisent l'indescence (à part pour les trotskystes, les journalistes étant nostalgiques de leurs jeunes années d'extrême gauche).

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Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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