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15 ans après : comment la désagrégation de la navette Columbia a révélé le long chemin qu’il nous restait à parcourir pour conquérir l’espace

Il y a 15 ans, le monde entier apprenait la destruction de la navette Columbia. Un échec retentissant qui n'a pas stoppé la conquête spatiale mais a participé à un vrai changement de cap.

Retour sur terre...

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15 ans après : comment la désagrégation de la navette Columbia a révélé le long chemin qu’il nous restait à parcourir pour conquérir l’espace

Atlantico : Il y a quinze ans, le 1er février 2003, la navette Columbia décollait avec à son bord un équipage de sept personnes : six américains (Husband, McCool, Chawla, Clark, Anderson) et un israélien (Ramon). Aucun d'eux n'allait revenir, la navette se désintégrant lors de son entrée dans l'atmosphère. Quel effet a eu cet accident dans l'histoire de l'aventure spatiale américaine ? Peut-on y voir le début d'une certaine forme de "déclin" ?

Olivier Sanguy : Cet accident a rappelé, 17 ans après Challenger, que le spatial en général et les vols habités en particulier est un domaine où nous sommes aux limites de ce que nous savons faire. Un domaine où la moindre erreur se paye au prix le plus cher, en l'occurrence des vies humaines. La commission d'enquête, nommé CAIB pour Columbia Accident Investigation Board, a déterminé les causes techniques de cette catastrophe, mais surtout souligné que 22 ans après son vol inaugural et en dépit des améliorations apportées après l'accident de Challenger en 1986, la navette spatiale restait un prototype avec tous les dangers que cela implique.

Pourtant, cet avion spatial, le premier véhicule orbital habité réutilisable de l'histoire, devait signer une nouvelle ère où aller dans l'espace serait aussi routinier que prendre l'avion. La tragédie de Challenger qui vit la mort des 7 passagers de cette navette au décollage mit fin à cette ambition. Toutefois, la navette trouva son utilité avec des missions scientifiques, comme le lancement et les entretiens du télescope spatial Hubble ou des missions avec des expériences dans sa soute. Le rythme des vols était bien plus faible que celui envisagé au départ afin de ne plus mettre le calendrier avant la sécurité.

Columbia montra que malgré cette logique d'utilisation des navettes plus raisonnable et réaliste, le danger subsistait. De plus, la flotte des navettes de la NASA était déjà vieillissante et il fut dès lors jugé qu'il convenait de mettre les 3 dernières à la retraite une fois l'assemblage de la Station Spatiale Internationale achevé. Les dernières navettes volèrent ainsi en 2011. On veut souvent voir dans Columbia et l'arrêt des navettes un déclin des vols habités. Pourtant, l'exploitation de la Station Spatiale Internationale, qui réunit 5 agences spatiales (de la Russie, des USA, de l'Europe, du Canada et du Japon) a continué. Les Russes avec leur vaisseau Soyouz ont alors pris en charge l'intégralité du transport des astronautes vers la station. La NASA paye d'ailleurs l'agence russe pour cela. La Chine est devenue en octobre 2003 le troisième pays capable d'envoyer ses citoyens dans l'espace par ses propres moyens. Depuis, la Chine a exploité 2 petites stations orbitales et se prépare à en assembler une constituée de plusieurs modules. D'autres pays, comme l'Inde ou l'Iran ne cachent pas leur ambition de mettre un jour au point leur propre vaisseau spatial habité. Pour le moment principalement aux USA, le secteur privé développe une nouvelle approche du spatial. On citera SpaceX qui concurrence Arianespace et qui mène des vols cargo vers la Station Spatiale Internationale pour le compte de la NASA ou encore Blue Origin fondée par Jeff Bezos, le créateur d'Amazon, qui développe à la fois un petit lanceur pour des vols touristiques suborbitaux et un lanceur bien plus puissant pour atteindre l'orbite. SpaceX et Boeing doivent l'année prochaine transporter les astronautes de la NASA vers la Station Spatiale Internationale dans le cadre d'un contrat de prestations clés en main !

L'agence américaine vise un retour sur la Lune puis une mission vers Mars côté vols habités. Se pose la question des budgets nécessaires et on verra dans les années qui viennent s'ils sont votés. Parallèlement, l'exploration robotique du Système solaire continue, les satellites autour de notre planète sont devenus indispensables pour la gestion des ressources naturelles, le suivi du climat, la géolocalisation (le GPS pour faire simple), les télécommunications, etc. De nouveaux acteurs pensent que les satellites de demain doivent être plus petits et plus nombreux, certains tiennent d'ailleurs dans la main ! Et de jeunes sociétés mettent au point des lanceurs plus petits spécifiquement pensés pour ce genre de satellites. Au début de l'année, le lanceur Electron de Rocket Lab est parti de Nouvelle-Zélande et a placé avec succès des petits satellites pour son deuxième vol. On le voit, en fait, l'astronautique est en train de vivre une profonde mutation et non un déclin.

 
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Olivier Sanguy

Olivier Sanguy est spécialiste de l’astronautique et rédacteur en chef du site d’actualités spatiales de la Cité de l’espace à Toulouse.

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