Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Lundi 29 Août 2016 | Créer un compte | Connexion
Extra

100 millions d'euros dépensés... mais la guerre au Mali a-t-elle vraiment commencé ?

La France s'est récemment félicité de n'avoir dépensé que 100 millions d'euros dans l'intervention au Mali. La partie est pourtant loin d'être terminée alors qu'une autre phase du conflit, portée davantage sur la guérilla, est en train de s'amorcer.

Afrique

Publié le
100 millions d'euros dépensés... mais la guerre au Mali a-t-elle vraiment commencé ?

Atlantico : Jusqu'où peut aller la "guerre asymétrique" qui semble fonder la nouvelle stratégie des djihadistes ? Est-on en train d'entrer dans la phase véritablement déterminante du conflit malien ? 

Antonin Tisseron : Cette idée de nouveauté à propos de la stratégie de guérilla doit être relativisée. Elle évoque les actions d’Al Qaïda au Maghreb islamique, en Algérie notamment, ou les opérations de harcèlement sur d’autres théâtres, et était très probablement envisagée et préparée (avec la constitution de caches d’armes) avant le déclenchement de l’opération Serval.

Concernant les limites, il n’y en a pas en soi, si ce n’est relatives aux capacités humaines et matérielles des groupes armés, au Mali mais aussi dans les autres pays de la région à commencer par ceux qui sont engagés dans la MISMA ou à ses côtés. Les ressortissants et intérêts français sont d’ailleurs loin d’être les seuls cibles des djihadistes ou des groupes affiliés. Il faut s’attendre à un niveau diffus d’insécurité dans l’ensemble de la région dans les semaines voire mois à venir, avec des pics plus ou moins réguliers et deux épicentres : dans le nord du Mali et le nord du Nigéria comme l’a rappelé la prise en otage de sept français la semaine dernière. De ce point de vue, on est bien entré dans une nouvelle phase du conflit, qui sera longue et se règlera à la fois à travers des opérations militaires et une reconstruction politique. Mais la phase déterminante du conflit malien aujourd’hui se déroule dans le massif des Ifoghas, et non dans la Boucle du Niger.

Les pays de la CEDEAO ont demandé à ce que l'aide financière de la communauté internationale soit doublée pour atteindre 950 millions de dollars. Cette ré-évaluation révèle t-elle une prise de conscience quant à la difficulté de la tâche qui attend les pays africains ?

Oui, très clairement. Cette demande d’augmentation de l’aide internationale traduit à la fois une prise de conscience devant des opérations qui s’annoncent longues et exigeantes en termes d’effectifs, mais aussi une forme d’inquiétude et une cruelle réalité économique. Les États membres de la Cédéao sont dépendants de l’aide internationale pour une opération financée par des bailleurs étrangers. Toute augmentation des effectifs ou tout dépassement de la durée initialement prévue implique donc une augmentation des financements. Par contre, reste à voir quelle va être la réaction de la communauté internationale au regard des arguments qui seront avancés par la Cédéao pour justifier de cette importante rallonge budgétaire.

 La Misma a par ailleurs déployé plus de 6000 hommes contre les 3300 annoncés initialement. Aura t-elle les possibilités de maintenir une force d'occupation sur place pendant plusieurs mois ?

C’est une bonne question car réunir ces 6 000 hommes a constitué un véritable défi. Fin 2012, seuls deux pays de la Cédéao avaient un bataillon disponible : le Niger, qui a bénéficié d’efforts de coopération de la part de la France depuis deux ans, et le Togo, qui se préparait à prendre une relève dans la mission de l’ONU en Côte d’Ivoire. De plus, plusieurs pays de la région font face à des situations politiques internes fragiles, comme la Côte d’Ivoire ou même le Nigeria, dont les troupes mènent des opérations contre les groupes armés du Delta du Niger et les islamistes de Boko Haram, liés à Al Qaïda au Maghreb islamique. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour laquelle la contribution des 2 000 hommes de l’armée tchadienne est jugée si indispensable par Paris. Mais quoi qu’il en soit, pour la Cédéao, la Misma est une opportunité pour améliorer dans les années à venir la contribution de l’organisation à la sécurité africaine. C’est une opération exigeante mais potentiellement riche d’enseignements.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par chrisbord - 27/02/2013 - 12:47 - Signaler un abus 100 millions d'€

    Mais c'est une paille ! Lorsque l'on sait que Mossieur le Baron de Sellières condamné a un redressement fiscal de 250 millions d'euros ne s'est pas encore officiellement (à ma connaissance) acquitté de sa dette ! Que le cloporte moyen doive 250€ et les foudres de l'inquisition fiscale vont se déchaîner contre lui. Et tous les autres qui piochent furieusement dans les caisses de l’État sous pretexte qu'ils occupent un poste aussi inutile que couteux pour le contribuable ! Normal Ier , vous vous fichez de nous ! Démissionnez avant d'être lynché par le gueux que vous méprisez !

  • Par Terranostra - 27/02/2013 - 13:28 - Signaler un abus 100 millions d'euros....chiffre officiel

    que nous a jeté le ministre de la défense nationale. Vous pouvez p, pour l'heure, multipler ce chiffre pâr trois au minimum. On en reparlera dans 6 mois, quand on sera encore ensablé là-bas.

  • Par Terranostra - 27/02/2013 - 13:32 - Signaler un abus la guerre des chiffres a commencé........

    100 millions d'euros....chiffre officiel,que nous a jeté en pâture le ministre de la défense nationale. Vous pouvez , au jour d'aujourd'hui , multiplier ce chiffre par trois au minimum. On en reparlera dans 6 mois, quand on sera encore et toujours ensablé là-bas.

  • Par gile - 27/02/2013 - 13:40 - Signaler un abus Le mali va enfoncer les finances de la France

    100 millions ne sont qu'un début. Désormais les pays africains vont pouvoir pomper nos finances en réclamant des crédits et encore des crédits pour rester au mali et éviter à nos soldats d'aller au contact des islamistes, car ils savent que la France ne peut plus reculer sans perdre la face. Elle devra rester tant que le risque d'une reprise de la conquête des islamistes vers le sud n'est pas écartée. Or, ce risque n'est pas près de disparaître.

  • Par MauvaiseFoi - 27/02/2013 - 17:28 - Signaler un abus Asymétrique, ronde ou carrée, la guerre ?

    Le contribuable lambda n'en a strictement rien à cirer. On a fait le job, non ? Et avec du fric que nous n'avons pas. Alors basta, demi-tour droite, retour immédiat dans les casernes et que les Africains règlent le problème entre eux. Pour quand le départ d'un contingent de volontaires Maliens installés en France pour "libérer" leur pays de la menace terroriste ?

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Antonin Tisseron

Antonin Tisseron est chercheur associé à l’Institut Thomas More.

Il est spécialisé dans l'étude des doctrines militaires, des questions de sécurité en Afrique et des enjeux de défense européenne. Il travaille principalement sur le Maghreb et le Sahel.

 

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€