Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mercredi 19 Septembre 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

10 ans après la crise de 2008, voilà pourquoi le contexte actuel nous rapproche de la prochaine

Depuis la faillite de Lehman Brothers, il y a dix ans, la plupart des pays, qu’ils soient développés ou émergents, ont relâché les rênes du crédit pour redresser leur rythme de croissance économique. Cela a alimenté des bulles.

Mauvais augure

Publié le
10 ans après la crise de 2008, voilà pourquoi le contexte actuel nous rapproche de la prochaine

 Crédit Ben STANSALL / AFP

Atlantico : 10 ans après la faillite de Lehman Brothers, comment évaluer le contexte économique ? Quels sont les risques découlant de la conjoncture actuelle ? Quelles sont les zones géographiques qui présentent un risque pour la stabilité économique mondiale ? 

Rémi Bourgeot : Le grand paradoxe de ces dix années depuis le déclenchement de la crise mondiale consiste en un curieux mélange de focalisation sur les déficits, d’envolée simultanée de la plupart des types de dettes, publiques comme privées, et de gonflement de bulles en tous genres.

A un moment ou l’autre, la plupart des pays, qu’ils soient développés ou émergents, ont relâché les rênes du crédit pour redresser leur rythme de croissance économique. Aux Etats-Unis, cela a en particulier été le fait de la Réserve fédérale qui a, judicieusement, activé l’arme monétaire au début de la crise en abaissant rapidement les taux directeurs à zéro puis en lançant plusieurs salves d’achat massif de titres de dettes pour relâcher autant que possible les conditions de crédit. Cependant, ces mesures ont, par manque d’encadrement de leurs effets secondaires, alimenté des poches de bulle sur les marchés financiers et notamment des capitalisations boursières fantaisistes, mais aussi entraîné d’importants déséquilibres dans les pays émergents qui ont reçu une partie des liquidités engendrées par la politique de la Fed.

La zone euro s’y est également mise, mais avec environ sept années de retard et après environ quatre années de politique d’austérité pro-cyclique qui ont paradoxalement propulsé la plupart des ratios de dette publique. Le programme d’achat de la BCE, mis en place progressivement à partir de 2015 était indispensable pour sortir les pays du sud de la zone de l’ornière sur le plan de la croissance et détendre enfin véritablement leurs conditions de crédit. Ce faisant, l’abaissement des taux à nourri une bulle immobilière qui est non seulement périlleuse du point de vue de la stabilité financière, mais qui détériore en plus dramatiquement la compétitivité de pays comme la France. On note le renoncement à mettre en place ce que l’on appelle dans le jargon économique des mesures « macro-prudentielles », qui auraient visé à compenser l’effet de la politique monétaire en termes de gonflement de bulles par la mise en place d’encadrements spécifiques de l’allocation de crédit.

Du fait de la politique monétaire américaine et de la compression des taux qu’elle a entraîné, les pays émergents ont reçu, pour leur part, dans les années qui ont suivi la crise, d’immenses flux de liquidité attirés par les taux plus élevés qu’on pouvait y trouver et par l’appréciation de ces devises, entretenue par ces flux eux-mêmes. Se sont constituées dans la plupart des pays émergents de considérables montagnes de dette dans les entreprises. De plus, ces dettes ont eu tendance à être libellées en dollars dans les pays traditionnellement déficitaires sur le plan commercial et qui ont donc besoin d’attirer des capitaux étrangers, souvent de court terme, pour financer leur déséquilibre.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Ganesha - 15/09/2018 - 13:31 - Signaler un abus On vous aura prévenus !

    Depuis quelques jours, Atlantico multiplie les articles, rédigés par ses meilleurs experts, exposant exactement les arguments que, personnellement, je développe depuis des mois : le système boursier mondial va exploser très bientôt, et cela va nous entraîner dans une crise économique encore bien pire que celle qui a suivi le krach de 1929. Le ''petit problème'' de 2008, n'était que le prologue, les ''trois coups'' annonciateurs du ''grand spectacle !

  • Par Ganesha - 15/09/2018 - 13:44 - Signaler un abus Dites-nous votre secret !

    Ce qui est un peu pathétique, ce sont les ''papys-capitalistes'' de ce site, qui semble-t-il, lisent tous l'un ou l'autre journal de ''conseils en placement boursier''. Lequel ? Cela pourrait intéresser les autres... Ce qui est dramatique, c'est que, sur la base de ce que leur racontent ces publications, ces malheureux pensent détenir le secret du ''placement refuge'', qui leur permettra de sauvegarder leur patrimoine, le jour où viendra le ''Jugement Dernier'' ! N'hésitez pas : partagez votre ''recette miracle'' !

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Rémi Bourgeot

Rémi Bourgeot est économiste, chercheur associé à l’IRIS et spécialiste des marchés de capitaux. Il a poursuivi une double carrière de stratégiste de marché dans le secteur financier et d’expert économique sur la zone euro et les marchés émergents pour divers think tanks.

Sur la zone euro, ses études traitent des divergences économiques, de la BCE, du jeu politique européen, de l’Allemagne et des questions industrielles.

Parallèlement à ses travaux, il enseigne l’économie de l’Union européenne dans le cadre de l’IRIS-Sup. Il est diplômé de l’Institut supérieur de l’aéronautique et de l’espace (SupAéro) et de l’Ecole d’économie de Toulouse.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€